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Le travail des institutrices

 

Le rôle que les institutrices rurales ont joué dans nos campagnes était un rôle qui débordait souvent de la tâche d’enseignante. Elles furent travailleuses sociales, directrices de pensionnat, animatrices de soirées récréatives, femmes de ménage, écrivaines publiques, directrices de chorale, etc.

C’est très souvent le curé qui a charge de trouver une jeune fille qui acceptera de se dévouer pour instruire les enfants du village ou du rang. Et, au dire du curé, elle doit être « instruite, vertueuse patriote, sérieuse, travailleuse, remplie de charité, d’abnégation et de zèle ». Et tout ça pour un salaire ridicule, évidemment.

Les institutrices acceptent de relever un lourd défi car la tâche est quasi-héroïque, ce qui explique le fait que certaines écoles demeurent fermées pendant plusieurs semaines, faute de pouvoir trouver une courageuse institutrice qui commencera ou terminera l’année scolaire.

Les écoles de rang étaient essentiellement gérées par des institutrices dévouées qui recevaient des salaires médiocres et ne possédaient aucune sécurité d’emploi. Elles devaient souvent débourser elles-mêmes le coût des livres et du bois de chauffage. Elles ne pouvaient se marier le temps qu’elles enseignaient et étaient tenues de se justifier auprès des autorités religieuses ou politiques.

En plus d’enseigner, l’institutrice rurale devait chauffer le poêle, faire l’entretien ménager, aller chercher l’eau au puit. Parfois, l’hiver, elle gardait à coucher des élèves qui demeuraient trop loin de l’école. Elle enseignait à une classe pouvant réunir 50 à 60 enfants.

Pour moins de 100$ par année avant 1867, l’institutrice rurale doit enseigner à des classes pouvant dépasser 50 élèves de toutes les divisions. Elle doit aussi voir à la discipline, tenir la maison d’école en bon ordre et en assurer le chauffage. Modèle de moralité devant les élèves, elle ne peut se permettre aucun écart de conduite, au prix de son emploi, et ne doit surtout pas recevoir un garçon a l’école. L’Association catholique des institutrices rurales, fondée en 1936 par Laure Gaudreault, réclame un salaire annuel de 300$.

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Cécile Reid-Brisebois, Nos institutrices rurales 1898-1960, page 85.
Lucie Desrochers, Œuvres de femmes 1820-1961, Les Publications du Québec.
Exposition virtuelle L’éducation dans les hautes-Laurentides. Voir ›

Mme Jeannette Brisebois et sa classe en brevet C à l’École normale (1959). P017 Fonds École normale.

Signal. Collection de la SHGHL.

L’école de rang

À la campagne, tout le système scolaire est centré sur l’école de rang. Chaque rang autour du village est doté de ce type de maison-école. Construite en bois ou en briques, l’école a généralement des dimensions de 30 pieds par 30 pieds. Ces écoles prennent habituellement le nom du cultivateur le plus près; on disait l’école Richer, l’école Coursol, l’école Marcotte, l’école Lajeunesse, l’école Courtemanche, l’école Brunet, l’école du lac Nadeau, l’école du canton Campbell.

L’intérieur est toujours très modeste : un seul local-classe pour tous les élèves, plus de quarante souvent, de la première à la septième année. Les élèves occupent des pupitres doubles alors que le bureau de l’institutrice est placé sur une tribune : signe d’autorité. Le tableau noir, une armoire de rangement, le crucifix avec rameau béni, un banc pour le sceau d’eau et parfois une horloge placée sur une tablette, complète le mobilier de la classe.

De l’autre côté de la cloison, la cuisine n’a aussi que le mobilier essentiel : une armoire, une table, une chaise et le gros poêle à deux ponts, dans la cloison entre la cuisine et la classe. Il n’y a aucune commodité telle que l’électricité ou l’eau courante. Une pompe à eau est un luxe dans une école. Dans la chambre de l’institutrice, on retrouve la même modestie de mobilier; un lit, une armoire et parfois un petit bureau où se fait la correction des travaux d’élèves, le soir, à la lueur de la lampe à l’huile.

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Histoire de Mont-Laurier, tome 1 1885-1940, par Luc Coursol, pages 274-275.

Intérieur d’une école de rang. Source: BANQ.

Carton d’apprentissage. Collection de la SHGHL.